Pychologisation

La philosophie est la culture de l’esprit individualisé qui cherche à définir son agir. La psychologie est l’observation, l’exploration ou la guérison du véhicule de l’esprit. Elle précède la philosophie qui commence là où elle s’arrête. S’il apparaît qu’une reconstruction psychologique est parfois nécessaire comme préalable ou comme accompagnement à l’enquête philosophique, la psychothérapie se prolonge nécessairement d’une anthropogenèse, car la philosophie est une anthropologie. 

Les êtres humains possèdent tous les mêmes ressorts psychiques, les mêmes flux affectifs, la même structure émotionnelle, les mêmes processus intellectuels, les mêmes fonctionnements mémoriels, seules variant leur qualité et leur intensité, mais la vie de l’esprit est unique pour chacun. Là où l’émancipation de l’esprit révèle l’ipséité, les déterminismes psychologiques ramènent le particulier à la mécanique du fonctionnement psychique anhistorique. La psychologisation ramène le singulier à la simple personnalisation d’un véhicule déterminé, en ayant tout loisir d’ignorer l’être qui enveloppe ou traverse ces déterminations.

Lorsque l’une ou l’autre des diverses typologies psychologiques (astrologie, numérologie, morphopsychologie, ennéagramme, etc.) dit d’un sujet : tu es ainsi, celui-ci sait bien qu’il n’est pas que cela, ou pas tout à fait cela, car le sujet dépasse la détermination du moi.

Ce que la psychologie appelle le moi, la philosophie l’appelle le sujet. Le mot français vient du latin sub jaquere : se tenir dessous. Le sujet est ce qui se tient sous les attributs individuels, les caractères et les mouvements du moi, et les contient, un peu comme un récipient contient une soupe hétérogène. Le sujet constitue ce socle stable qu’on nomme l’ipséité.

Le terme vaut aussi comme allégorie grammaticale du sujet dans la phrase, car le sujet et l’élément directeur d’une phrase dont les contours ne se limitent pas à lui-même, mais l’impliquent totalement. Le sujet est quelqu’un par l’intermédiaire d’un autre ou d’autres choses. Il fait partie d’une phrase qui n’est pas un déjà là, mais qui s’écrit dans l’existence. L’homme n’est pas un moi isolé sur lui-même, mais un sujet présent dans une phrase, articulé avec une action (verbe), des qualités (adjectif), des relations à (complément d’objet direct ou indirect). Il possède aussi des prédicats relatifs qui le font apparaître tel ou autrement dans le sens particulier d’une phrase évolutive. Aucun déterminisme psychologique n’écrit les phrases à l’avance.

October 30th 2017