Tourner autour du pot

Dans une société éprise d’efficacité et de rentabilité, l’expression « tourner autour du pot » est péjorative, comme elle l’est dans le domaine relationnel qui, pour les mêmes raisons, privilégie les échanges directs.  

Ce qui s’apparente à des atermoiements est sans doute vraiment inapproprié dans des situations d’action pratique qui demandent d’aller droit au but. Mais dans sa complexité, la vie ne fonctionne pas ainsi. Elle ne va pas droit au but.

Une telle rectitude supposerait d’abord que le but de la vie est déterminé ou connu ; mais  est-ce le cas ?

Hormis dans nos actions pratiques et ponctuelles, sommes nous certains de connaître nos raisons, nos buts et nos finalités ? Combien de pensées que nous ne pensons pas, de vouloirs que nous ne voulons pas orientent-ils nos pas et nos choix ?

Rappelons le mot de Hegel dans la Phénoménologie de l’esprit : « ce qui est bien connu, parce que c’est bien connu, n’est pas connu ».

À supposer même que le but présupposé dans nos choix soit déterminé, ou vraiment connu, en allant droit à lui nous nous privons du cheminement qui mène à lui. Point n’est besoin d’être bouddhiste pour éprouver le fait que le chemin est plus important que le but, dans la mesure où le but se définit et se reconnait précisément en cours de chemin.

La vie qui chemine vers sa finalité existentielle ou même biologique ne le fait jamais directement, comme traçant une ligne droite, mais elle contourne les obstacles, comme « les eaux impétueuses cherchant leur cours » écrit Hölderlin. 

La vie  est une spirale ; elle tourne autour de son sujet.

Cessons-nous jamais de tourner autour de nos vies, quitte a rester au bord parfois ?  

Quand je tourne autour de mon propos central, ne croyez pas que je m’en éloigne. Au contraire, je m’en approche.

September 28th 2017