À propos du livre d’Éric Suarez, La philo-thérapie, 2007, Eyrolles.

La consultation philosophique est une pratique assez jeune, une trentaine d’années dans sa formule spécifique et une vingtaine à peine dans son exercice de plein droit, mais ce n’est pas un ovni, c’est-à-dire quelque chose d’indéfini et de passager.

Même si aux yeux du grand public l’expression de consultation philosophique semble floue et que la représentation qu’il s’en fait l’est tout autant, ce n’est pas une pratique indéfinie. Elle détermine son champ de compétence, elle possède ses règles et affirme son rôle. Ce n’est pas non plus un fait passager parce que dans la société moderne son besoin est clair et précis, et, pour ceux qui empruntent ce cheminement du questionnement existentiel, ici et maintenant, il est nécessaire.

Si pour être connue une chose doit être vue, le principal défaut de visibilité, comme on dit aujourd’hui, de la consultation philosophique vient du fait qu’elle doit s’immiscer entre deux blocs massifs de la relation d’aide. L’un traditionnel : la psychanalyse et ses périphéries psychothérapeutiques, doté d’un grand nombre d’écoles et d’une bibliographie impressionnante ; l’autre technique et pragmatique : le coaching, largement promu dans les rails utilitaires de la technologie comportementale du monde économique.

L’auteur a pris un risque en intitulant son livre Philo-thérapie, mais l’éditeur ayant en général la haute-main sur le choix du titre, il ce peut fort que celui-ci ait été jugé le plus explicite, davantage en tout cas qu’une désignation plus ou moins métaphorique du registre d’accompagnement spécifique dont il est question et que revendique justement la philosophie.

La révolution socratique est bien plus ancienne que la psychanalyse et a fortiori que le coaching, mais son concept est toujours resté étranger à toute forme d’institutionnalisation, de professionnalisation, et surtout étrangère à la psychologisation actuelle de tout de ce qui a trait à l’existence humaine. La maïeutique n’est pas une thérapie, mais son caractère curatif de l’esprit n’en est pas moins évident. La sentence d’Épicure donnée sur le quatrième de couverture du livre de Suarez : Vide est le discours du philosophe qui ne soigne aucune affection humaine, est bien sûr essentielle, mais pour entrer dans la philosophie de l’action un détour par la théorie est toujours recommandé, car l’action se déploie avec avantage sur un sol éprouvé. Dans ce détour, se détermine ce qui est propre à chacun et se révèle la phrase spécifique dans laquelle le sujet va s’exprimer (ce que la psychologie appelle le moi, la philosophie l’appelle de sujet).

La consultation philosophique est sans doute une méthode, au sens étymologique du terme — du grec meta hodos ; hodos signifiant : chemin —, mais ce n’est certes pas une technique dont le but est déterminé d’avance et les modalités semblables pour tous.

August 15th 2017