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June 14th 2018

“Alors que l’étonnement du savant ne se produit qu’à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre, plus connu, avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de porter son regard sur ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire”.

A. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme réprésentation.

May 20th 2018
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December 20th 2017

Pychologisation

La philosophie est la culture de l’esprit individualisé qui cherche à définir son agir. La psychologie est l’observation, l’exploration ou la guérison du véhicule de l’esprit. Elle précède la philosophie qui commence là où elle s’arrête. S’il apparaît qu’une reconstruction psychologique est parfois nécessaire comme préalable ou comme accompagnement à l’enquête philosophique, la psychothérapie se prolonge nécessairement d’une anthropogenèse, car la philosophie est une anthropologie. 

Les êtres humains possèdent tous les mêmes ressorts psychiques, les mêmes flux affectifs, la même structure émotionnelle, les mêmes processus intellectuels, les mêmes fonctionnements mémoriels, seules variant leur qualité et leur intensité, mais la vie de l’esprit est unique pour chacun. Là où l’émancipation de l’esprit révèle l’ipséité, les déterminismes psychologiques ramènent le particulier à la mécanique du fonctionnement psychique anhistorique. La psychologisation ramène le singulier à la simple personnalisation d’un véhicule déterminé, en ayant tout loisir d’ignorer l’être qui enveloppe ou traverse ces déterminations.

Lorsque l’une ou l’autre des diverses typologies psychologiques (astrologie, numérologie, morphopsychologie, ennéagramme, etc.) dit d’un sujet : tu es ainsi, celui-ci sait bien qu’il n’est pas que cela, ou pas tout à fait cela, car le sujet dépasse la détermination du moi.

Ce que la psychologie appelle le moi, la philosophie l’appelle le sujet. Le mot français vient du latin sub jaquere : se tenir dessous. Le sujet est ce qui se tient sous les attributs individuels, les caractères et les mouvements du moi, et les contient, un peu comme un récipient contient une soupe hétérogène. Le sujet constitue ce socle stable qu’on nomme l’ipséité.

Le terme vaut aussi comme allégorie grammaticale du sujet dans la phrase, car le sujet et l’élément directeur d’une phrase dont les contours ne se limitent pas à lui-même, mais l’impliquent totalement. Le sujet est quelqu’un par l’intermédiaire d’un autre ou d’autres choses. Il fait partie d’une phrase qui n’est pas un déjà là, mais qui s’écrit dans l’existence. L’homme n’est pas un moi isolé sur lui-même, mais un sujet présent dans une phrase, articulé avec une action (verbe), des qualités (adjectif), des relations à (complément d’objet direct ou indirect). Il possède aussi des prédicats relatifs qui le font apparaître tel ou autrement dans le sens particulier d’une phrase évolutive. Aucun déterminisme psychologique n’écrit les phrases à l’avance.

October 30th 2017

Tourner autour du pot

Dans une société éprise d’efficacité et de rentabilité, l’expression « tourner autour du pot » est péjorative, comme elle l’est dans le domaine relationnel qui, pour les mêmes raisons, privilégie les échanges directs.  

Ce qui s’apparente à des atermoiements est sans doute vraiment inapproprié dans des situations d’action pratique qui demandent d’aller droit au but. Mais dans sa complexité, la vie ne fonctionne pas ainsi. Elle ne va pas droit au but.

Une telle rectitude supposerait d’abord que le but de la vie est déterminé ou connu ; mais  est-ce le cas ?

Hormis dans nos actions pratiques et ponctuelles, sommes nous certains de connaître nos raisons, nos buts et nos finalités ? Combien de pensées que nous ne pensons pas, de vouloirs que nous ne voulons pas orientent-ils nos pas et nos choix ?

Rappelons le mot de Hegel dans la Phénoménologie de l’esprit : « ce qui est bien connu, parce que c’est bien connu, n’est pas connu ».

À supposer même que le but présupposé dans nos choix soit déterminé, ou vraiment connu, en allant droit à lui nous nous privons du cheminement qui mène à lui. Point n’est besoin d’être bouddhiste pour éprouver le fait que le chemin est plus important que le but, dans la mesure où le but se définit et se reconnait précisément en cours de chemin.

La vie qui chemine vers sa finalité existentielle ou même biologique ne le fait jamais directement, comme traçant une ligne droite, mais elle contourne les obstacles, comme « les eaux impétueuses cherchant leur cours » écrit Hölderlin. 

La vie  est une spirale ; elle tourne autour de son sujet.

Cessons-nous jamais de tourner autour de nos vies, quitte a rester au bord parfois ?  

Quand je tourne autour de mon propos central, ne croyez pas que je m’en éloigne. Au contraire, je m’en approche.

September 28th 2017

À propos du livre d’Éric Suarez, La philo-thérapie, 2007, Eyrolles.

La consultation philosophique est une pratique assez jeune, une trentaine d’années dans sa formule spécifique et une vingtaine à peine dans son exercice de plein droit, mais ce n’est pas un ovni, c’est-à-dire quelque chose d’indéfini et de passager.

Même si aux yeux du grand public l’expression de consultation philosophique semble floue et que la représentation qu’il s’en fait l’est tout autant, ce n’est pas une pratique indéfinie. Elle détermine son champ de compétence, elle possède ses règles et affirme son rôle. Ce n’est pas non plus un fait passager parce que dans la société moderne son besoin est clair et précis, et, pour ceux qui empruntent ce cheminement du questionnement existentiel, ici et maintenant, il est nécessaire.

Si pour être connue une chose doit être vue, le principal défaut de visibilité, comme on dit aujourd’hui, de la consultation philosophique vient du fait qu’elle doit s’immiscer entre deux blocs massifs de la relation d’aide. L’un traditionnel : la psychanalyse et ses périphéries psychothérapeutiques, doté d’un grand nombre d’écoles et d’une bibliographie impressionnante ; l’autre technique et pragmatique : le coaching, largement promu dans les rails utilitaires de la technologie comportementale du monde économique.

L’auteur a pris un risque en intitulant son livre Philo-thérapie, mais l’éditeur ayant en général la haute-main sur le choix du titre, il ce peut fort que celui-ci ait été jugé le plus explicite, davantage en tout cas qu’une désignation plus ou moins métaphorique du registre d’accompagnement spécifique dont il est question et que revendique justement la philosophie.

La révolution socratique est bien plus ancienne que la psychanalyse et a fortiori que le coaching, mais son concept est toujours resté étranger à toute forme d’institutionnalisation, de professionnalisation, et surtout étrangère à la psychologisation actuelle de tout de ce qui a trait à l’existence humaine. La maïeutique n’est pas une thérapie, mais son caractère curatif de l’esprit n’en est pas moins évident. La sentence d’Épicure donnée sur le quatrième de couverture du livre de Suarez : Vide est le discours du philosophe qui ne soigne aucune affection humaine, est bien sûr essentielle, mais pour entrer dans la philosophie de l’action un détour par la théorie est toujours recommandé, car l’action se déploie avec avantage sur un sol éprouvé. Dans ce détour, se détermine ce qui est propre à chacun et se révèle la phrase spécifique dans laquelle le sujet va s’exprimer (ce que la psychologie appelle le moi, la philosophie l’appelle de sujet).

La consultation philosophique est sans doute une méthode, au sens étymologique du terme — du grec meta hodos ; hodos signifiant : chemin —, mais ce n’est certes pas une technique dont le but est déterminé d’avance et les modalités semblables pour tous.

August 15th 2017

Philosophie et histoire (1)

Depuis Aristote, la philosophie s’est scindée entre spiritualité du comportement et étude des universaux. L’Occident a néanmoins toujours édifié un art du questionnement dont la méthode dessine une vision synthétique et unifiée du monde, déterminant un comportement, mais lorsque l’éthique a été entièrement remise au substrat idéologique démocratique né du siècle des lumières, sous la forme d’un art du comportement social, la philosophie n’est plus devenue qu’un exercice intellectuel enseigné comme une matière dans les universités.

Depuis que Vyasa et Patanjali en ont créé une cohérence écrite, la philosophie orientale a établi une vision synthétique du monde, coextensive à l’expérience spirituelle humaine. L’expérience précédait la vision, mais dès lors que les ressorts expérientiels ont été codifiés sous l’influence occidentale, la philosophie orientale est devenue une répétition de modèles historiographiques, enseignés dans des ashrams comme une tradition. Point n’est besoin d’être Nietzsche pour comprendre que l’idée même de tradition est contre-philosophique.

Le piège est d’autant plus fort que la philosophie a une histoire et que son questionnement se caractérise par blocs dans les périodes historiques. En Occident, la philosophie de l’Antiquité a été dominée par la question de la matière et du cosmos. Le moyen âge déiste a tout remis à la seule préoccupation de Dieu. La philosophie de la Renaissance a concentré son questionnement sur la nature. Du XVIIe au XIXe siècle, la question de la connaissance a été au centre des modèles et au XXe siècle, ce fut celle de l'être et de son extension langagière.

Au XXIe siècle, faute de questions nouvelles à placer devant soi, la déconstruction des uns par les autres est l’activité philosophique la mieux partagée. Pourtant, comme le doute et le criticisme humaniste avaient opposé, dans le virage de la Renaissance, l’idéal au religieux dominant, maintenant, si l’on veut bien cesser de ne faire que de la philologie et de l’épistémologie, il est temps d’opposer le réel à l’idéal.

August 7th 2017

Intention

Tant que nous n’avons pas l’intention,  nous ne pensons pas. Nous sommes pensés par les choses qui nous entourent et que le mental  interprète. Nous sommes pensés par les idées collectives qui sont des objets mentaux incrustés dans notre perception par des générations de répétitions. Nous sommes aussi déterminés par les objets. Le problème n’est pas de savoir où aller, mais de quitter les objets. Où aller n’est pas une déterminante quand le fait d’aller en soi est un support d’expérience. Et qu’est-ce qui l’entrave ? Quitter les objets.

July 25th 2017
July 23rd 2017

Philosophie

La philosophie produit des concepts, un système élaboré d’idées qui entretiennent des relations d’idées avec d’autres idées, complémentaires ou contradictoires, pour aboutir à une vision du monde cohérente dans sa logique interne et fonctionnelle dans son rapport à la réalité.

Le concept est semblable à une pièce de puzzle qui s’articule avec d’autres dans un tout organique. Si le concept ne s’articule avec rien, ce n’est pas un concept mais un discours intellectuel et de même si cette articulation n’est fonctionnelle pour personne.

Par le questionnement qui définit l’idée juste, celle qui agit comme un sésame de conscience, la philosophie contient une dimension curative qui libère l’esprit des confusions conceptuelles et de l’incapacité à se situer dans la complexité du monde. Le but est de nous protéger des raisonnements confus, des faux problèmes caractéristiques de la névrose moderne. Elle est aussi un art de la conversation qui dégraisse les désaccords ou surmonte l’ennui des accords, en complétant les énoncés d’arguments nouveaux.

July 11th 2017